Me Jean-François Bodet Avocat

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Non ! Le Père Noël n’est pas une ordure…

Mes lecteurs habituels me pardonneront de quitter, encore provisoirement, ma robe d’avocat pour me lancer dans quelques propos libres autour du père Noël, en y jetant ce regard psychanalytique qui  m’est devenu précieux depuis quelques années.

Ils me pardonneront également de prendre à rebours le titre d’un film célèbre pour des développements qui n’engagent que moi et qui n’ont pour but que de partager quelques idées sur un thème de saison qu’il est difficile de contourner.

Quel rôle le père Noël peut-il avoir encore aujourd’hui dans une société ambivalente où règnent à parts égales,  autant la science et le cartésianisme que l’ésotérisme et les doctrines complotistes ?

Il semblerait que la fonction signifiante du père Noël puisse faire l’unanimité chez les enfants entre 5 et 7 ans. Avant cet âge, le rôle du père Noël est moindre, et après 7 ans, l’ancrage de cette croyance pourrait laisser induire une tendance à la psychose.

J’y vois plusieurs raisons :

On doit à Mélanie KLEIN (grande psychanalyste austro-britannique) d’avoir décrit l’évolution psychique des enfants entre 0 et 2 ans selon différents stades appelés « fantasmes » qui structurent les approches progressives que le bébé a de sa mère ou des personnes qui l’entourent : Au cours de cette première période de la vie, le père Noël n’a pas de sens pour l’enfant car celui-ci ne peut que s’attacher à découvrir progressivement et sensuellement la réalité de ses parents et n’a pas d’autre accès à la réalité du monde.

Ce n’est qu’à partir de 2 ans (stade du miroir selon LACAN) que l’enfant va avoir l’idée enfin précise de son entourage, mais à partir de là, il va entrer dans la phase œdipienne de sa croissance psychique, qui va l’entraîner dans un réseau de sentiments alternatifs faits d’amour et d’hostilité envers ses deux parents.

Cette deuxième période ne lui laisse également que peu d’accès à d’autres centres d’intérêts et la légende du père Noël peut lui être tout aussi inaccessible tant il est vrai que son attention est pratiquement exclusivement retenue par les relations fantasmatiques libidinales qu’il projette sur ses parents.

Vers l’âge de 5 ans, l’enfant aura refoulé l’ensemble de ses fantasmes libidinaux incestueux et donc résolu son œdipe. Il va s’intéresser davantage au monde qui l’entoure, et c’est peut-être à ce moment là que la légende du père Noël va lui être le plus accessible. 

Cette longue évolution psychique a essentiellement pour but de conduire l’enfant vers le principe de réalité qui est essentiel lorsqu’on entre dans la génitalité.

Mais ne serait-il pas trop difficile pour un enfant de 5 ans d’adopter immédiatement et sans douleur ce principe de réalité que beaucoup d’adultes ont eux-mêmes du mal à accepter ?

C’est pourquoi la légende du père Noël peut apparaitre comme un espace transitionnel, qui perpétue quelques temps encore les illusions de l’enfance, une sorte d’intermédiaire qui permettra au jeune enfant d’entrer plus sereinement dans la période de latence.

Croire au père Noël serait alors une nouvelle dimension du Nom du Père, ainsi mieux intégrée par l’enfant qui sort enfin totalement du double lien parental pour projeter ses désirs sur cette tierce personne à la portée de sa croyance et de son imaginaire.

Cette dernière illusion de l’enfance serait assimilable à une névrose infantile collective utile pour bien démarrer la période de latence, période au cours de laquelle les enfants sont justement parfois fragiles du fait d’un complexe œdipien trop fraichement résolu.

Cela me semble si vrai que les parents eux-mêmes, peut-être du fait de la nostalgie de leur propre enfance, collaborent largement à cette croyance, voyant sans doute la nécessité de protéger leur progéniture d’un accès trop direct à la réalité du monde.

Ainsi le père Noël serait ce dernier fil qui relie l’enfant à sa petite enfance, et les parents à leurs illusions perdues ; il se coupera de lui-même sans qu’on ait besoin de le tirer, car la légende est toujours une forme de poésie qui dit notre vérité.

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